MEDIATHEQUE
LUCIEN HERR
Pôle Borgès Malvoyance
Espace Culture Multimédia
Un bûcher sous la neige
Susan FLETCHER - Plon, 2010. Écosse, XVIIe siècle. Accusée de sorcellerie et promise au bûcher, Corrag est interrogée par le Révérend Charles Leslie sur les événements dont elle a été témoin. Entre rivalités de clans (Highlands contre Lowlands) et partis politiques (Orangistes contre Jacobites), le récit alterne l’histoire de Corrag et la correspondance de Charles à sa femme. Susan Fletcher nous rappelle l’obscurantisme qui a persécuté pendant des siècles des femmes accusées de sorcellerie, condamnées à mort par pendaison, noyade, bûcher… Un récit romanesque et passionnant.
|
La couleur des sentiments
Kathryn STOCKETT - Jacqueline Chambon, 2010. Tandis que Martin Luther King prononce des discours de plus en plus engagés pour défendre les droits civiques des personnes de couleur, à Jackson, Mississipi, chaque famille blanche emploie toujours une bonne noire. Deux d’entre elles, Abileen et Minnie, commencent à évoquer des anecdotes de leur quotidien à une journaliste qui décide de publier leur témoignage. L’alternance des récits de ces trois narratrices rend le roman captivant. Le mutisme des bonnes face aux lois raciales qui régissent les codes de la bonne société de Jackson fait grincer des dents. Une peinture de la société américaine des années 60 riche en couleurs !
|
Warlock
Oakley HALL - Passage du Nord-Ouest, 2010. Arizona, 1880. Le shérif de Warlock, petite ville
minière de l’Ouest américain, fuit la ville, chassé
par une bande de hors-la-loi qui fait régner la
terreur. Excédés, des notables de la ville décident
d’engager un tueur professionnel pour éradiquer
cette criminalité.
Adapté au cinéma en 1959 sous le titre «L’homme aux
colts d’or», Warlock retrace le difficile avènement d’une
justice qui ne se confonde pas avec celle du colt le plus
rapide. Un western dense et ambitieux sur l’Amérique de
la fin du 19e siècle qui nous rappelle l’extrême fragilité de
l’État de droit.
Nous avons aussi aimé :
|
Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire
Jonas JONASSON - Presses de la cité, 2011. Allan Karlsson décide de s‘enfuir de sa maison de retraite afin d’éviter la réception donnée pour son centenaire. Il gagne en pantoufles la gare routière où il vole une valise… remplie de 50 millions de couronnes. Recherché par la pègre et la police, on découvre parallèlement à sa fuite l’histoire rocambolesque de sa vie. De la guerre civile espagnole à la révolution culturelle chinoise en passant par Los Alamos et les goulags, on rencontre Mao, Truman, Staline, De Gaulle et un éléphant… Roman d’aventures en forme de road-book, ce premier livre bien écrit, intelligent et ponctué d’humour se lit d’une traite. Auteur à suivre…
|
Garden of love
Marcus MALTE - Zulma, 2006. Ancien flic, Alexandre Astrid reçoit par la poste un manuscrit très intriguant au titre extrait d’un poème de Shelley. Garden of love n’est autre que l’histoire de sa propre vie mais détournée, transformée, réinterprétée. La lecture de ces pages le plonge dans des heures sombres qu’il avait tout fait pour oublier. Commence alors pour Astrid une recherche éperdue de la vérité. Une plongée dans un univers glauque servi par des personnages troubles à souhait !
|
Vice caché
Thomas PYNCHON - Seuil, 2010. Vice caché, c’est une rencontre inoubliable avec Doc Sportello, détective déjanté et fumeur de joints, qui vit sur une plage de Californie. C’est aussi une plongée dans l’Amérique des années 70 avec en toile de fond la guerre du Vietnam, les émeutes raciales ou encore l’affaire Charles Manson. Bien documenté, ce roman à l’allure de polar ne nous laisse pas de répit. Entre absurde et fantaisie, les scènes et les personnages se succèdent, on perd parfois ses repères mais on se laisse littéralement happer par l’univers psychédélique de cette histoire.
Nous avons aussi aimé :
|
Le cuisinier
Martin SUTER - Bourgois, 2010. Des plats servis à domicile, des épices et un menu aphrodisiaque qui ensorcellent les sens des convives : telle est la proposition de Love Food, une entreprise de restauration créée par Maravan. Exilé en Suisse, le jeune cuisinier tamoul va réinventer l’héritage culinaire de sa grand-tante Nangay, restée au pays. Sur fond gastronomique haut de gamme, Martin Suter évoque la guerre au Sri Lanka, les amours tarifés, le trafic d’armes et la puissance des financiers de l’ombre.
|
En censurant un roman d’amour iranien
Shahriar MANDANIPOUR - Seuil, 2011. Comment parler d’amour dans un régime où garçons et filles ne peuvent se fréquenter librement et où l’on évoque les « grenades mûries au soleil » pour parler des seins ? À travers les mésaventures d’un écrivain qui décide d’écrire une histoire d’amour, Shahriar Mandanipour compose un roman dans le roman en barrant les passages qui auraient été supprimés par la censure, et nous livre ici un pamphlet dévastateur pour le régime des mollahs iraniens. Un roman érudit et drôle, et un témoignage édifiant sur la vie en Iran aujourd’hui.
|
L’oiseau canadèche
Jim DODGE - Cambourakis, 2010. « Nous refusons absolument tout ce qui sort de l’ordinaire. Jack explosa : - Eh ben, ça doit vous faire une petite vie bien merdeuse et salement étroite, non ? »
Le ton est donné, Pépé Jack est un râleur anti-conformiste à la gouaille délicieuse. Centenaire solitaire et excentrique, il se voit confier la garde de son petit-fils Titou après la mort de ses parents. De cette cohabitation naît une grande complicité, renforcée par l’arrivée de Canadèche, un drôle d’oiseau au caractère bien trempé et à l’appétit pantagruélique.
Des personnages truculents pétris de tendresse et de malice pour un récit drôle et intelligent.
Nous avons aussi aimé :
|
|
Emmanuel DONGALA - Actes sud, 2010. Hommage aux femmes d’Afrique, à leur courage face aux injustices et aux malheurs, le livre de l’écrivain congolais Emmanuel Dongala trace avec humour et bienveillance le portrait d’un petit groupe de femmes engagées solidairement dans une lutte sociale et politique. Un combat douloureux dans une région du monde où règnent pauvreté et corruption, mais qui leur rendra fierté et dignité au nom de toutes les autres.
|
|
Anjana APPACHANA - Zulma, 2010. Publiées en 1992 en Angleterre, ces nouvelles d’Anjana Appachana explorent l’Inde contemporaine à travers des portraits de femmes : de la désillusion d’une jeune épouse cohabitant tant bien que mal avec sa belle-famille au désarroi d’une mère dont la fille part étudier, en passant par les peurs d’une fillette témoin de la violence infligée à sa grande soeur. Malmenés par le poids de la tradition, les liens familiaux se révèlent à la fois dans ce qu’ils ont de plus beau et de plus cruel.
|
|
Elif SHAKAF - Phébus, 2010. Ella semble tout avoir pour être
heureuse : trois beaux enfants, un
mari aimant malgré ses incartades
amoureuses et un foyer à entretenir.
Chargée par son agence littéraire de
lire le manuscrit Doux blasphème, elle découvre l’amitié
du poète iranien Rûmi et du célèbre derviche Shams au
XIIIe siècle. Bouleversée par les préceptes du soufisme qui
mettent en exergue la stérilité de sa propre existence, Ella
entame une relation épistolaire avec l’auteur du manuscrit.
Un roman sur la quête du spirituel et du sens de la vie à
travers les règles qui constituent l’essence du soufisme.
Nous avons aussi aimé :
|
|
Louise ERDRICH - Albin Michel, 2010. Dakota du Nord, début du XXe siècle, une famille de fermiers est massacrée dans la ville de Pluto. Seul un bébé échappe miraculeusement à la mort. Quelques semaines après le drame, quatre indiens sont lynchés en représailles. Cinquante ans plus tard, les habitants prennent la parole et évoquent les répercussions de cet événement sur leur vie. Louise Erdrich dessine dans ce très beau roman l’image d’une ville et d’une génération marquées par la culpabilité collective.
|
Marie Bonaparte
Célia BERTIN - Perrin, 2010. Trois grandes étapes ont marqué la vie romanesque de l’arrière petite-nièce de Napoléon 1er (1 882 – 1962) : une enfance solitaire, encadrée par des nurses et préceptrices ; une vie de femme mariée, frustrée sexuellement et intellectuellement ; et enfin, sa rencontre décisive avec Freud. Introductrice en France de la psychanalyse, elle jettera les bases de la profession en devenant elle-même analyste. Marie est la moins connue de la famille Bonaparte ; nos avenues, places, boulevards portent les noms des victoires de Napoléon et de ses généraux, alors que nulle plaque ne porte le sien.
|
Ce regard en arrière, et autres écrits journalistiques
Nuala O’FAOLAIN - S. Wespieser, 2011. Plus connue en France comme romancière, Nuala O’Faolain était une journaliste appréciée en Irlande. Ce recueil rassemble soixante-dix chroniques parues de 1986 à 2008 dans la presse irlandaise. Le regard de Nuala sur la société est à l’image de son oeuvre romanesque, d’une profonde humanité. On admire son engagement à dénoncer la misère sous toutes ses formes, mais aussi son talent à évoquer avec humour des domaines plus légers de la vie.
|
Que font les rennes après Noël ?
Olivia ROSENTHAL - Gallimard, 2010. La confession intime d’une femme sert de fil rouge au récit. Adolescente, puis épouse tourmentée par ses incertitudes sentimentales et le respect de la norme sociale, elle finira par s’émanciper. En contrepoint, une polyphonie d’hommes confrontés au monde animal, éleveurs, laborantins, chercheurs, témoigne au fil des pages du sort réservé aux animaux.
Entre documentaire et fiction, une interrogation sensible et intelligente sur la notion d’enfermement et la frontière entre condition humaine et animale.
|
Deux coups de coeur particuliers à l’occasion de l’exposition « Hampâté Bâ » :
Contes initiatiques Peuls
Amadou HAMPATE BA - Stock, 1994. Dans les Contes initiatiques Peuls, Amadou Hampâté Bâ raconte des paysages et des personnages inédits tout en initiant le lecteur aux valeurs et richesses symboliques africaines. Celles-ci ne le cèdent en rien à d’autres cosmogonies, d’autres sagesses. Le caméléon acquiert ainsi une richesse de sens débordant l’habituel, et l’autruche, rendue résistante au mal grâce à la puissance de l’amour, perd la faculté de voler mais y gagne celle de savoir prendre les jambes à son cou…
|
Sozaboy (Pétit Minitaire)
Ken SARO-WIWA - Actes Sud, 1998. À l’aube de la guerre civile au Nigéria, Doukana incarne le bonheur d’une tranquille communauté villageoise. Méné, jeune apprenti chauffeur, se trouve soudainement confronté aux horreurs des combats. Il rencontre une créature aux «… ampoules 100 watts » et « … pétit pétit… zistoires en pagaille… vitement tout le monde commence peur… ». Accrochez-vous, lecteur ! La langue est délibérément déboussolée, mais la tendresse, l’amour et le rêve nous accompagnent tout au long du récit.
|
Nous avons aussi aimé :
|
Les coups de coeur des libraires
L’autre vérité : journal d’une étrangère
Alda MERINI - Conférence, 2010. Pour la poétesse Alda Merini, l’asile est un enfer au sens littéral, et c’est là qu’elle a été abandonnée. Un viol serait la cause du mal, devenu faute originelle, dont il convient de guérir « car les mots sont des péchés, car les maladies sont des péchés » et « nos âmes doivent à toute force devenir belles ». Alda Merini n’élude rien de la cruauté de ces tourmenteurs mais la transcende : « seules les représentations de la Divine comédie peuvent rendre les sortilèges et la monstruosité de l’asile » mais « la perfection du moment mène à la perfection du pardon ». Pour autant, notre propos est ailleurs. Insistons plutôt sur la beauté éclatante de ce texte débordant de vivacité, de poésie et d’amour. Tout le long, souffle sans discontinuer « un esprit d’enfance ». Et se côtoient à la fois le tourment et le bonheur, la nuit et la lumière. C’est cette capacité de poésie qui a permis à Alda Merini de ne pas sombrer. Même si elle portera pour la vie les stigmates de l’asile.
|
L’empire d’un homme
Ramon José SENDER - Attila, 2011. partir d’un fait divers (1911), le journaliste libertaire que fut Sender narre une Espagne encore moyenâgeuse, où un disparu, devenu pour un temps spectre, étend son empire sur les hommes. Tout commence par un supposé meurtre. Un journalier disparaît. On arrête, torture et emprisonne deux paysans pauvres. Jusqu’à ce que, quinze ans après, une partie de chasse permette de retrouver le disparu, à demi sauvage, sur les plateaux désolés de la Castille. Chronique d’une Espagne hors du temps, d’une nature aride, de luttes seigneuriales, de l’arbitraire et des superstitions, L’empire d’un homme est un envoûtant mélange de réalisme et d’étrange. Pour illustration, les animaux qui peuplent ces pages tel un rappel des bestiaires médiévaux.
|