MEDIATHEQUE
LUCIEN HERR

Ville de Saint Jacques de la Lande

Lucien Herr (1864-1926)

Lucien Herr

Bibliothécaire de la bibliothèque des Lettres de l'École Normale Supérieure, Lucien Herr est un philosophe, germaniste, socialiste militant, très lié aux milieux d'avant-gardes. Convaincu très tôt de l'innocence du capitaine Dreyfus, il s’emploiera à convaincre ses amis normaliens et politiques.
Il fut à l’origine de la création du journal l’Humanité.

Nous avons connu un homme que nous estimions grand, bien qu’il n’ait rien écrit que d’admirables lettres inconnues, et qu’il ait mis à se cacher tout le soin que d’autres dépensent hâtivement à se faire connaître.

Charles Andler


Le jeune homme en devenir

AltkirchLucien Herr est né en 1864 dans le village d’Altkirch, dans l’actuel Haut-Rhin. Il obtient son baccalauréat à 15 ans et l’Agrégation de philosophie à 22 ans. Il quitte sa ville natale en 1872, quand son père, professeur au collège d’Altkirch, est obligé d’abandonner l’Alsace pour ne pas perdre la citoyenneté française.
Il réussit le concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm en 1883, lors de sa troisième tentative, rejoignant la promotion d’Ernest Ziromski, Henri Lechat, etc.

 

Photographie d’Altkirch, entre 1857 et 1887.Hampé, J.


En 1886, Lucien Herr entreprend un voyage en Allemagne et s’installe à Leipzig au moment de la rentrée universitaire. Le ministère de l’Instruction Publique l’a missionné pour qu’il observe le travail réalisé dans les universités allemandes et plus précisément qu’il rende compte de ses réflexions sur « l’état de la philisophie en Allemagne au temps présent ». Parti avec une image idéale de la science allemande, Lucien en revient déçu. « Il n’y a plus aujourd’hui de grands hommes érudits, et il n’est pas aisé de discerner les hommes et les œuvres qui vivent ».
Il fit aussi un long voyage d’exploration en Russie.


Anatole Le BrazLucien Herr noue de solides relations avec Anatole Le Braz lors de vacances qu’il passe à Plogoff, dans le Finistère. Il apprend même le breton, avec une rapidité fulgurante, d’après son ami et biographe Charles Andler.

La force de Lucien Herr, sa force incroyable et vraiment unique, […], tenait essentiellement à ceci : en lui, la conviction devenait évidence.

Léon Blum


Le bibliothécaire

Lucien HerrEn décembre 1887, il écrit une lettre au directeur de l’Ecole Normale exposant que le poste de Bibliothécaire était « tout son rêve, toute son ambition ».

Il sera nommé en 1888 à ce poste qu’il conservera toute sa vie. Au milieu de ces milliers de livres, il se forgera une culture gigantesque. Dans le cadre de ce poste, il écrit de nombreux articles pour la Revue critique.

Lucien Herr à la Bibliothèque.
Centre d'histoire de Sciences Po,
Archives d'histoire contemporaine, fonds Lucien Herr.

 

Bibliothèque de l'Ecole Normale« J’ai considéré cette bibliothèque comme un organisme vivant, qu’il fallait fortifier et développer avec méthode. J’ai toujours pensé qu’elle devait guider, éclairer, solliciter le travail ».

 

 

 

Gravure Berteault, Bibliothèque de l'École normale
supérieure.

 

Le socialiste

Lucien Herr est venu au socialisme dès 1889, militant pour le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire, puis en 1905 pour le Parti socialiste unifié.
Discret et impénétrable sur ses convictions dans l’exercice de ses fonctions, il sait se faire convainquant s’il sent un accord préexistant, influençant ainsi nombre d’intellectuels de l’époque : Péguy, Andler, Blum. C’est ainsi qu’il fait une grande recrue en amenant Jaurès, son aîné, devenu un ami proche.
Outre les articles qu’il écrit pour le parti ouvrier, il sera l’auteur d’une œuvre jamais publiée : « La révolution sociale ». Selon Antoine Djipka, qui a consacré un mémoire d’Histoire à Lucien Herr, celui-ci aurait, dans ce livre resté à l’état de manuscrit, analysé le marxisme comme aucun théoricien ne l’aurait fait avant lui. Il ajoute : « Par la méthode d’exposition qu’il utilise, par la souplesse du socialisme qu’il propose, par son intelligence stratégique vis-à-vis des différents courants du socialisme, s’il avait publié son livre, il aurait sans doute été considéré comme le grand théoricien du socialisme français ».

L’homme d’engagement

Couverture de l'Humanité: Jaurès assassinéEn 1897, Lucien Herr commence à réunir des listes de signataires en faveur de la révision du procès du capitaine Dreyfus. Il est rapidement persuadé de l’innocence du capitaine, et s’investit de la mission de rassembler des intellectuels pour faire infléchir l’autorité militaire et qu’elle révise son premier jugement.


« Cette vérité, il s’agissait de la rendre évidente pour les pouvoirs publics et l’opinion. {…] L’affaire Dreyfus est le moment culminant de la vie de Herr, son moment héroïque, où il prouve ce que peut un puissant esprit, sans moyens matériels, par la seule vertu de la vérité, aperçue par la raison critique, tenacement défendue par une conscience intraitable et par une volonté passionnée. [ …] Il n’eut pas de peine à faire de nous des dreyfusards. Nous l’aurions suivi partout… », témoigne Charles Andler dans sa biographie.

 

 


L’initiateur de l’Humanité

Lucien HerrC’est Lucien Herr qui, en 1904, trouve le nom éblouissant du nouveau journal qui fut fondé par Jean Jaurès : L’Humanité. Il y écrit cette année-là de longs articles, jamais en première page. Il préfére donner à lire au public populaire des textes qu’il résume ou analyse de manière pédagogique.
Sa contribution s’arrête définitivement courant 1905. Il est à bout de forces, ravagé par trop de travail, trop de soucis.

 

 

 

 

 

 

Lucien Herr à sa table de travail vers 1914.
photographie Joseph Chamonard (promotion 1887), Bibliothèque de l'ENS.

 

L’homme résigné

Après le grand effort ininterrompu de 1897 à 1905, Lucien Herr trouve sa vie « en morceaux ». Il prend quelques années de recueillement, essayant de lire en lui-même, de savoir où il en est.
Il continue cependant à assumer ses responsabilités au sein de l’Ecole Normale qui connut alors une réorganisation.
En 1911, il sort d’une longue solitude en épousant Jeanne Cuenod, étudiante en art, originaire de Vevey (Suisse). Ils ont 3 enfants.
Au travail jusqu’au dernier jour, on ne saurait compter tous ceux qu’il a conseillés orientés, aidés à publier un livre. C’est usé par cette besogne sans relâche qu’il meurt la nuit du 17 au 18 mai 1926.

 

Disponibles à la médiathèque

Couverture "Vie de Lucien Herr" de Charles Andler Choix d'écrits. 1, Politique / Lucien Herr. L’Harmattan, 1994. (Les introuvables).

Lucien Herr, avant tout intellectuel socialiste, défendit très tôt la cause dreyfusarde, mobilisa les intellectuels et rallia Jean Jaurès au socialisme. Lire Lucien Herr permet d'enquêter sur la séquence historique 1870-1914, sur le socialisme français, sur le rapport des intellectuels à ce socialisme, à la question ouvrière et à la question de la France.

Disponible en prêt.

 

 

Choix d'écrits. 2, Philosophie, histoire, philologie / Lucien Herr. L’Harmattan, 1994. (Les introuvables).

Ce recueil réunit des textes des oeuvres critiques de L. Herr, publiés dans la Revue critique, les Notes critiques et le Journal de psychologie. D'autres textes sont les amorces de travaux abandonnés (Hegel, Le Progrès intellectuel et l'affranchissement). D'autres sont des articles occasionnels de philologie, d'histoire littéraire, de psychologie, d'histoire religieuse.

Disponible en prêt.

 

Correspondances entre Charles Andler et Lucien Herr : 1891 -1926 / Lucien Herr ; Charles Andler ; sous la resp. de Antoinette Blum ; Christophe Charle. Presse de l'Ecole normale supérieure, 1992.

Disponible en prêt.

 

La Vie de Lucien Herr : 1864-1926 / Charles Andler. Rieder, 1932.

La biographie de Lucien Herr par son ami germaniste Charles Andler.

A consulter sur place.

 

La Vie de Lucien Herr : 1864-1926 / Charles Andler. La Découverte, 1977. (Actes et mémoires du peuple).

Disponible en prêt.

 

Le Grand Jaurès / Max Gallo. R. Laffont, 1999.

Nombreuses évocations de Lucien Herr, qui a beaucoup influencé Jaurès (notamment pp101-106).

Disponible en prêt.

 

Le Centenaire de l'Ecole normale 1795-1895 / préfacé par René Rémond. Presse de l'Ecole normale supérieure, 1994.

Réedition du livre publié par l'Ecole normale supérieure en 1895 constituant une étude solide sur l'histoire et les structures de l'Ecole au XIXe siècle et un monument au charme un peu désuet.

Disponible en prêt.

 

L'Ecole normale supérieure : Les chemins de la liberté / Nicole Masson. Gallimard, 1994. (Découvertes).

Le 30 octobre 1794, la Convention votait la création de l'Ecole normale supérieure, destinée à produire les meilleurs professeurs de la nation. L'auteur raconte l'histoire de cette filière d'excellence qui a formé de nombreux savants, avant de devenir une pépinière d'hommes politiques, d'écrivains et d'intellectuels.


© 2017 - Ville de St Jacques de la Lande